Les plus âgés d’entre nous se rappelleront ce téléroman québécois des années 80, qui présentait une relecture de Roméo et Juliette. Les Pinson formaient une famille bourgeoise de Montréal dont le chef de famille (c’était l’époque) était avocat, alors que chez les Moineau, Fernand Gignac jouait le même rôle, mais en tant que chauffeur de taxi. Le principe comique, c’était la rencontre forcée entre deux univers sociaux qui n’ont rien à se dire mais qui, par les hasards de la vie, doivent cohabiter. C’est ce à quoi m’a fait penser la visite du roi Charles III, de sa reine et de leur classe, au palais de l’exubérant et sans nuance roi du Sud et de sa reine de beauté au chapeau en forme de soucoupe volante. Quoi qu’il en soit, le diplomate britannique a réussi à faire lever les tarifs sur le Scotch, comme si l’urgence nationale invoquée pour les instaurer s’était tout à coup volatilisée durant la rencontre.
Le reste de la semaine ne nous a pas laissés nous endormir. La tentative d’assassinat du président américain — la troisième le visant — le fait entrer dans le livre des records : aucun autre président américain n’a survécu à trois tentatives par le passé.
Le Canadien de Montréal nous tient constamment sur le bout de notre chaise, ce qui est une belle distraction au milieu du lot de mauvaises nouvelles dans le monde. De façon savoureuse, Hydro-Québec a changé temporairement son logo pour faire disparaître l’éclair (lightning), la publicité de Maxi avec Martin Matte a fait un tabac, et de nombreuses blagues ont émergé sur internet — on y voit notamment un partisan du Canadien recouvrir le mot Lightning sur son pick-up Ford avec un ruban affichant désormais le nom Canadiens. C’est rafraîchissant. Le moment « awww » de la semaine, c’est la foule américaine de Buffalo qui chante l’Ô Canada alors qu’il n’y a pas d’équipe canadienne sur la glace (c’est une tradition à Buffalo, due à sa proximité avec le Canada) et que le micro de la chanteuse fait défaut. Un doux moment, qui nous réconcilie un tant soit peu avec la population américaine.
Pour le reste, la fin du mois d’avril permet de le qualifier de « meilleur mois boursier depuis 2020 ». Rien que ça. L’activité économique et boursière de la semaine du 27 avril au 2 mai se résume à la cristallisation d’une divergence majeure entre une économie financière américaine portée par la tech et des bénéfices records, et une économie réelle mondiale fragilisée par la guerre en Iran, l’inflation énergétique et la paralysie des banques centrales. La robustesse des résultats d’entreprises masque des fondamentaux macroéconomiques dégradés. La prochaine publication des chiffres de l’inflation américaine en mai et toute évolution de la situation au détroit d’Ormuz seront les déterminants clés des semaines à venir. Voici en détail ce que nous a donné la semaine.
🛢️ La guerre en Iran : un choc énergétique qui s’installe dans la durée
Le conflit déclenché fin février entre les États-Unis, Israël et l’Iran continue de structurer l’ensemble du paysage économique mondial. La semaine a été marquée par une nouvelle escalade des tensions autour du détroit d’Ormuz — passage stratégique par lequel transite environ 20 % du commerce mondial de pétrole et de gaz naturel liquéfié. La Banque mondiale qualifie désormais la situation de « tempête parfaite » pour les marchés énergétiques.
Le baril de Brent navigue dans une fourchette extrêmement volatile entre 80 et 120 dollars, avec des spéculations croissantes sur un franchissement du seuil des 150 dollars si le blocus maritime venait à se prolonger. La Banque mondiale prévoit une hausse de 24 % des prix de l’énergie sur l’ensemble de 2026 — la plus forte poussée depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022. Le prix moyen du Brent est désormais projeté à 86 dollars le baril sur l’année, contre 69 dollars en 2025.
| Indicateur énergétique | Valeur / Évolution | Statut |
|---|---|---|
| Brent (fourchette de volatilité) | 80 – 120 $ / baril | Tendu |
| Prévision Brent annuelle 2026 (Banque mondiale) | 86 $ / baril | +24 % vs 2025 |
| Chute production mondiale (pic de crise) | −10 Mb/j | Historique |
| Part du trafic maritime via Ormuz | ~20 % | Sous pression |
🏦 Le FMI tire la sonnette d’alarme
Dans ses Perspectives de l’économie mondiale publiées le 14 avril, le Fonds monétaire international a abaissé sa prévision de croissance mondiale de 3,3 % à 3,1 % pour 2026. L’institution anticipe désormais une inflation mondiale à 4,4 %, soit 0,6 point de plus que ses projections de janvier. En cas de guerre prolongée, le FMI n’exclut pas une croissance tombant à 2 % — seuil historiquement associé à une récession globale.
L’impact régional est sévère et asymétrique. L’Iran enregistrerait une contraction de 6,1 % de son PIB en 2026. La zone Moyen-Orient et Afrique du Nord voit ses prévisions amputées de 2,8 points à 1,1 % de croissance seulement. L’Europe et l’Asie centrale, ainsi que l’Amérique latine, affichent les perspectives les plus moroses parmi les grandes régions. Le FMI pointe notamment les risques d’une fragmentation géopolitique accrue, d’un ralentissement de l’adoption de l’IA et d’une résurgence des tensions commerciales sino-américaines.
🏛️ Fed : statu quo sous haute tension
La réunion du FOMC des 28 et 29 avril a débouché sur une décision historiquement conflictuelle. La Réserve fédérale a maintenu ses taux dans la fourchette 3,5 % – 3,75 % pour la troisième fois consécutive, mais le vote 8 contre 4 — une divergence inédite depuis octobre 1992 — traduit une profonde incertitude interne. Quatre membres ont voté contre : certains en faveur d’une baisse immédiate de 25 points de base, d’autres en opposition au communiqué suggérant que des réductions restent possibles à terme.
Jerome Powell a reconnu que la banque centrale est confrontée à un dilemme inédit : l’inflation remonte sous l’effet du choc pétrolier (un choc d’offre exogène), mais la croissance donne des signes d’essoufflement. La majorité des membres du FOMC anticipe désormais que les taux demeureront entre 3,25 % et 3,75 % jusqu’à la fin 2026, réduisant à néant l’espoir d’un assouplissement monétaire cette année. À noter : la présidence de Jerome Powell arrive en fin de mandat, ce qui ajoute une dimension supplémentaire d’incertitude institutionnelle.
📊 PIB américain : solide, mais en deçà des attentes
Le 30 avril, le Bureau of Economic Analysis a publié son estimation avancée du PIB américain pour le T1 2026 : +2,0 % en rythme annualisé. C’est une nette accélération par rapport aux 0,5 % du T4 2025, mais légèrement inférieur au consensus Bloomberg de 2,2 %. L’investissement des entreprises dans les équipements (+10,4 %) et les dépenses publiques (+4,4 %) ont tiré la croissance. L’intelligence artificielle joue un rôle moteur, les dépenses en capital technologique compensant partiellement le ralentissement de la consommation des ménages lié au choc pétrolier.
La zone euro présente un tableau nettement plus sombre. La croissance du T1 2026 est ressortie à +0,1 % seulement, confirmant les craintes de quasi-stagnation, tandis que l’inflation en avril a accéléré à 3 %. Le terme « stagflation » revient dans toutes les analyses des économistes européens, avec une BCE coincée entre la nécessité de soutenir l’activité et celle de juguler des pressions inflationnistes d’origine externe.
| Zone / Indicateur | T1 2026 | Inflation (avr. 2026) |
|---|---|---|
| États-Unis (PIB annualisé) | +2,0 % | ~3,3 % |
| Zone euro (PIB trimestriel) | +0,1 % | 3,0 % |
| Chine (consensus T1) | ~4,6 % | — |
📈 Marchés boursiers : Wall Street au sommet
La semaine boursière a été dominée par la publication des résultats T1 2026 des grandes entreprises américaines. La saison s’avère remarquable : 88 % des sociétés du S&P 500 ayant publié ont battu le consensus (contre une moyenne historique de 76 %). La croissance agrégée des bénéfices atteint +13,2 % en glissement annuel, marquant le sixième trimestre consécutif de croissance à deux chiffres. Apple, Alphabet, Meta, Amazon et Microsoft ont tous publié des résultats supérieurs aux attentes.
Le S&P 500 a enregistré une performance mensuelle de +10,49 % en avril — son meilleur mois depuis 2020 — pour clôturer à 7 209 points, un nouveau record historique. Les perspectives pour le reste de l’année sont ambitieuses, avec une croissance des bénéfices anticipée à +20,1 % au T2, +22,2 % au T3 et +19,9 % au T4.
📎 Sources
- Perspectives de l’économie mondiale – FMI (14 avr.)
- Hausse des prix de l’énergie – Banque mondiale / Euronews
- Fed holds rates steady amid dissent – CNBC
- La Fed maintient ses taux – Boursorama
- PIB américain T1 2026 : +2 % – CoinAcademy
- PIB US T1 : moins que prévu – Boursorama
- S&P 500 bénéfices record – Zonebourse
- S&P 500 +10,49 % en avril – Les Affaires
- Le baril vers 150 $ ? – Boursorama
- Perspectives mondiales printemps 2026 – Trésor
- Recap semaine 27–30 avril – Boursorama


Le roi Charles et le roi du sud…
Effectivement !!!
The London Royal Ballet dances with The Dallas Cowboys Cheerleaders !!!
Merci pour ces infos…
Cependant, avec tes bulletins, d’habitude on te lit….toi
Aujourd’hui, je lis un bulletin financier fort savant…
Intéressant, mais j’aime mieux te lire…toi
PP
Merci Pierre, mais l’intro à saveur éditorialiste, c’est pas mal mon texte habituel. Pour le sommaire, en effet, c’est drabe un peu.
Belle analyse. Merci et bravo.
Normand
Très intéressant
Excellent texte