Je suis un peu tanné…

En 2021, j’ai exprimé ma lassitude face à l’utilisation répétée de la pandémie de COVID-19 comme explication aux fluctuations du marché. Depuis janvier, à l’instar des médias, je ne parle que de l’Empereur du Sud — micro-gestionnaire de tout — capable de faire congédier un animateur de talk-show qu’il n’aime pas (Stephen Colbert), d’exiger le retour du nom « Red Skins » sous menace de sanctions, ou encore de modifier la recette du Coca-Cola. Je suis tanné. Et, au moment d’écrire ces lignes, il reste 1 275 jours avant son départ : ça va être long.

Contrairement à ce qu’il pense — et il en pense beaucoup de bien de lui-même — je doute sérieusement qu’il maîtrise les grands principes économiques. Sinon, comment expliquer qu’il importe de l’inflation dans son pays en imposant par exemple, des tarifs douaniers au Brésil, simplement parce que ses tribunaux s’apprêtent à juger son ami Jair Bolsonaro ? Rappelons que ce dernier a récemment été désigné « Personne de l’année » par l’OCCRP (Organized Crime and Corruption Reporting Project) pour son rôle dans la promotion du crime organisé et de la corruption. Si Trump comprenait vraiment les rouages de l’économie, pourquoi souhaiterait-il les plus bas taux d’intérêt au monde, alors que ceux-ci sont un levier crucial pour ralentir ou accélérer l’économie, notamment pour contrer l’inflation importée par ses propres politiques tarifaires ?

L’actualité américaine rappellent actuellement l’excellent film de 1997, Wag the Dog, dans lequel des spin doctors fabriquent une guerre fictive pour détourner l’attention d’un scandale sexuel impliquant le président. De même, l’omnipotent président actuel tente par tous les moyens de détourner l’attention de la population et même d’une bonne partie de sa base MAGA, du dossier des clients pédophiles d’Epstein. La vidéo, vraisemblablement produite par l’IA, mettant en scène l’arrestation du président Obama et diffusée par Trump lui-même, en est un exemple frappant. Et quelque chose me dit qu’il va encore s’en sortir grâce à une déclaration opportunément arrangeante de la veuve d’Epstein affirmant publiquement que Trump n’a jamais été client — en échange d’une grâce présidentielle.

Je suis tanné, donc. Mais je suis fier d’une chose : la solidarité des Québécois et des Canadiens en général, qui soutiennent les entreprises locales, prennent leurs vacances au pays, et montrent un attachement à ce magnifique territoire. Un sentiment de trahison face à un voisin jadis considéré comme allié a éveillé une résilience économique et culturelle sans précédent. Et ça fonctionne ! La semaine dernière, Trump a affirmé que son administration « n’a pas eu beaucoup de chance avec le Canada » lors des négociations. L’ambassadeur américain au Canada, Pete Hoekstra, en ajoute une couche en déclarant que « le Président et certains membres de son équipe ont qualifié le Canada de méchant et désagréable » — car on achète et on visite moins. TANT MIEUX. Cet été, nous avons perdu Hulk Hogan, Ozzy et Fiori, mais nous n’avons pas perdu notre dignité face à l’agresseur économique. Je nous encourage à persévérer, on lui tape sur les nerfs.

Le joueur de poker du Bureau ovale a récemment menacé d’imposer de nouveaux droits de douane importants à ses principaux partenaires commerciaux à partir du 1er août 2025. Toutefois, contrairement à ce qui s’est produit en avril dernier lors du « Jour de la libération », où les marchés avaient chuté de 12 % en quatre jours, les investisseurs semblent cette fois indifférents à ses intimidations. Dans ce contexte, les marchés boursiers font preuve d’une résilience surprenante. L’indice S&P 500 américain et le TSX canadien ont atteint des sommets historiques fin juin. Le VIX, qui mesure la peur des investisseurs, est tombé sous 16 — signe d’un optimisme accru. Côté obligataire, les taux demeurent élevés (4,4 % aux États-Unis, 3,5 % au Canada), mais stables, sans panique apparente.

Cette réaction suggère que les marchés ont adopté la théorie du TACO (Trump Always Chickens Out), misant sur le fait que le président reculera avant de provoquer de réels dommages économiques. Cependant, des économistes — dont ceux de Desjardins et de Gestion mondiale d’actifs CI — craignent que cette complaisance n’encourage Trump à aller de l’avant. Marc-André Lewis de CI, note que « l’incertitude constitue le principal frein à l’économie mondiale » et recommande une « patience stratégique » plutôt que de la complaisance.

Ironiquement donc, cette stabilité boursière pourrait inciter l’administration Trump à faire monter les enchères pour démontrer sa détermination.

Quelques indicateurs économiques :

• États-Unis : L’économie ralentit sans stagner, avec une croissance du PIB contractée au premier trimestre due aux exportations nettes négatives. La Banque Fédérale Américaine (FED), malgré les assauts que reçoit son président de la part de Trump, ne semble pas enclin à descendre les taux au plancher comme ce dernier le souhaiterait. Au mieux, nous verrons une baisse potentiellement en septembre.

• Canada : La demande intérieure finale s’est essoufflée, avec une croissance atone attendue à court terme. L’ACEUM offre une certaine protection, mais des tarifs affecteraient nos exportations. La Banque du Canada maintient ses taux à 2,75% en attendant plus de clarté. Les mesures de relance budgétaire fédérales et provinciales pourraient soutenir la croissance.

• Chine : La croissance du PIB au deuxième trimestre est inférieure à l’objectif gouvernemental de 5%.

• Europe : Une croissance modeste continue, soutenue par des mesures budgétaires en Allemagne et en France.

Au courant des dernières heures, l’Europe a convenu d’un accord où ils lui ont fait des promesses en échange de tarifs de seulement 15 % sur leurs exportations. Ça semble être son « meilleur prix » pour faire affaire avec le plus grand pays du Monde (dans sa tête). Les experts prévoient donc que des tarifs de 10% à 20% seront probablement imposés au Canada, ce qui permettrait au commerce mondial de s’adapter sans trop de dégâts.

Nous vivons une période où « l’humilité est essentielle » selon les experts. Le calme apparent des marchés ne doit pas faire oublier les risques sous-jacents. L’intelligence artificielle transforme l’économie et offre des opportunités, mais les tensions géopolitiques et commerciales restent des menaces réelles. Il est crucial de rester informé, de maintenir une stratégie d’investissement diversifiée et de ne pas prendre de décisions précipitées basées sur l’émotion que peut générer les marchés.

À toutes et à tous, c’est toute l’équipe qui vous souhaite une excellente saison estivale.

8 réflexions au sujet de “Je suis un peu tanné…”

  1. Prend cela un peu relax Eric…. tu t’énerves beaucoup trop… pas bon pour l’équilibre émotionnel. Pense positif un peu! Le dernier a manqué sa cible par quelques millimètres. Le prochain sera sans doute plus soigneux!

    Répondre
  2. Un excellent résumé de la situation économique mondiale et de son perturbateur narcissique invétéré au sud de nos frontières. Restons éveillés et vigilants et soutenons notre économie. Allons voir ailleurs qu’au sud !

    Répondre
  3. Éric…. Je suis, comme toi et sûrement une multitude de gens, tanné.
    Tous tes commentaires sont tellement à point.
    Tout comme toi, je suis satisfait que nos dirigeants ne se plient pas aux exigences du dictateur du Sud. Convaincu que notre économie ne subira pas le même sort que celui des Americains…. Oh well, ils n’auront qu’eux-memes à blâmer.
    En ce qui me concerne, fini pour moi, les voyages aux États-Unis

    Nabil

    Répondre

Laisser un commentaire

×